jeudi 6 décembre 2007

Brûlot en réaction à la construction du futur Centre National d’Art et de Culture Georges Pompidou.

A monsieur le Président V. Giscard d’Estaing, à Monsieur J. Chirac, Premier Ministre ainsi qu’à Messieurs les ministres et députés,


C’est avec joie que depuis quelques mois nous entendions le Président V. Giscard d’Estaing émettre de vives oppositions quant à la poursuite de ce farfelu et divaguant projet de Centre Culturel parisien. Mais quelle ne fut pas notre surprise d’apprendre que Messieurs les ministres, et Messieurs les députés, menés avec un enthousiasme déconcertant par le Premier Ministre J. Chirac, avaient voté en mars dernier le budget pour terminer la construction de cet affreux site, dans un délai de cinq ans !


En 1969, M. Georges Pompidou, alors Président de la République, projeta d’ériger sur le plateau de Beaubourg, en plein cœur du IVè arrondissement de notre belle capitale, un Centre Culturel aux fonctions éclectiques, regroupant sur le même site un musée d’art moderne, une bibliothèque, un centre de création musicale… « Je voudrais passionnément, expliqua-t-il, que Paris possède un centre culturel comme on a cherché à en créer aux Etats-Unis avec un succès jusqu’ici inégal, qui soit à la fois un musée et un centre de création, où les arts plastiques voisineraient avec la musique, le cinéma, les livres, la recherche audiovisuelle, etc. Le musée ne peut être que d’art moderne, puisque nous avons le Louvre. La création, évidemment, serait moderne et évoluerait sans cesse. La bibliothèque attirerait des milliers de lecteurs qui du même coup seraient mis en contact avec les arts. »
Que pouvions-nous faire alors, sinon soutenir un projet aussi riche et ambitieux, qui redonnerait à Paris sa réputation mondiale de haut-lieu de création artistique ?
De plus, cela aurait dû générer une nouvelle émulation dans cet ancien quartier de Paris, tombé depuis quelques temps en décrépitude …

Mais, quel ne fut pas notre choc en découvrant, le 15 juillet 1971, le projet architectural retenu parmi plus de 600 autres! Une vulgaire pelote de tuyauteries enchevêtrées, un amoncellement grouillant de tubes de verre et d’acier, dont les couleurs criardes défigureront les tendres teintes pastelles de nos immeubles de pierres de taille, de briques et de zinc… Loin de mettre en valeur un quartier déjà en perte de vitesse, cette horrible Méduse d’acier aux mille serpents colorés finira d’effrayer les derniers touristes qui parfois s’y perdent encore !
Comment laisser deux « savants architectes », Messieurs Piano et Rogers, qui n’entendent rien, qui plus est, à la culture et au patrimoine français, défigurer ainsi notre capitale en lui portant un tel affront ?

Si le renouvellement du dynamisme culturel parisien est plus que nécessaire, nous en convenons, et bien que l’idée initiale de créer un lieu d’émulation artistique au sens large au cœur de Paris soit lumineuse, nous ne pouvons nous résoudre à accepter qu’un tel brouillon architectural en soit le siège… Aussi, enjoignons-nous de tout cœur Messieurs Giscard d’Estaing, Chirac ainsi que tous les ministres et députés d'annuler la poursuite de cet odieux projet, et de choisir par appel d’offre un autre projet qui siérait bien mieux à notre splendide capitale, et concurrencerait sans honte notre fabuleux Louvre ainsi que notre lumineux et grand Palais !

Paris, le 17 avril 1973

Un collectif d’artistes, d’acteurs, de poètes, de musiciens, amoureux de Paris et de la culture française

Lettre de protestation contre la cathédrale de la Résurrection d'Evry


Nous, habitants d'Évry, attachés aux églises traditionnelles et au style gothique, dont nous sommes les héritiers, nous nous révoltons, avec une sévère fermeté, contre l'édification de la cathédrale d'Évry, située sur la Place des Droits de l'homme et du citoyen, entre l'université et l'Hôtel de ville de la Résurrection d'Évry, c'est-à-dire au plein cœur de la ville nouvelle. Nous ne pouvons accepter cette tour de brique massive que certains comparent à une colonne brisée maçonnique, à une cheminée, voire à une proue de navire ou à une tête de Christ.


Nous ne comprenons pas un tel choix. Ce monument est construit dans une ville moderne, certes, mais qui désormais rompt encore davantage avec un passé de 2000 ans d'architecture chrétienne. On est d'emblée surpris par son aspect extérieur, massif, vu de la place, heureusement plus doux vu de l'arrière. En rien, cet édifice ne fait penser à un lieu de culte et encore moins à une cathédrale ! On est loin de l'église "traditionnelle" en forme de croix latine avec le chœur orienté pour recevoir les premiers rayons du soleil.


Pouvons-nous faire comme si de rien n'était ? La ville d'Évry doit-elle renier son passé en s'encombrant d'un tas de brique ? Personne ne dit rien mais tout le monde s'en étonne.


Lorsque nous cherchons la cathédrale, si nous ne demandons pas notre chemin, nous pouvons toujours la chercher ! Et lorsque nous découvrons ce bâtiment pour la première fois, nous nous demandons avec curiosité ce que cela peut bien être. Qui penserait à une église ? Encore faudrait-il, pour s'en douter, voir apparaître le clocher, qui se cache on ne sait plus trop où. Lorsque nous passons à côté d'elle, elle n'attire donc pas l'attention. Nous sommes plutôt attirés par cette étrange idée que d'y avoir planté 24 tilleuls sur le toit. Certes leur symbolique est multiple. C'est tout d'abord un symbole de résurrection : les arbres revivent au printemps après la mort apparente de l'hiver. C'est aussi celui du temps qui passe ou encore du lien entre l'Ancien testament (les douze Tribus d'Israël) et le Nouveau Testament (les douze Apôtres). Mais dîtes-moi qui parviendra à déduire toutes ces informations par la seule vue de vingt-quatre arbres plantés sur un toit ?! Prions pour que cette architecture grotesque n'encourage pas d'autres fantaisistes à faire de même. Il faut rentrer à l'intérieur, pour enfin comprendre que c'est une cathédrale.

On s'afflige par conséquent d'une telle initiative, d'un tel déshonneur. Les églises qu'elles soient romaines ou gothiques, n'ont vraiment rien à envier à cette "cathédrale". C'est une humiliation pour les édifices religieux. Nos descendants constateront plus tard avec tristesse, notre goût ridicule qu'ils prendront non à tort, pour une idée farfelue...




Les habitants d'Evry, le 28 juillet 1995

Reponse à la lettre ouverte.

J'écris, en réponse aux sceptiques, au sujet de la construction de ma Tour. Pourquoi les artistes protestent-ils ainsi contre une tour dont la construction commence à peine? Comment pouvez-vous, vous, écrivains, peintres, sculpteurs et architectes savoir à quoi elle ressemblera et quel sera son impact?


Ce n'est pas parce qu’elle sera de fer, et d'une taille impressionnante, qu'il faut absolument la décrire comme une monstruosité. Le fer ne doit pas être seulement un symbole de l'industrie ; c'est plutôt un nouveau matériau utilisable dans des domaines divers, et notamment dans l'art.



La question de l'utilité de l'art ne se pose par pour vous, alors pourquoi demander qu'elle est l'utilité de ma tour? Car on peut aussi se demander à quoi servent les monuments qui font selon vous la beauté de Paris. Et au contraire de ce que vous affirmez avant même que la construction de la Tour Eiffel ne soit achevée, celle-ci n'a absolument pas pour but d'écraser les autres monuments, et encore moins d'enlaidir cette ville sans rivale. A l'inverse, cette tour pourrait être un moyen pour les curieux et admirateurs de venir découvrir Paris d'une autre manière. Ils pourront admirer Paris du ciel. Et ce n'est pas parce que la Tour Eiffel sera faite de fer et de boulons, qu'elle n'aura pas la même valeur qu'un monument de pierre. L'acier la rendra plus forte face aux intempéries, mais surtout, lui permettra de s'inscrire comme une oeuvre d'art d'un nouveau genre, qui s'inscrit dans le monde d'aujourd'hui.

Le louvre tabou Dhabi





Nous, conservateurs de musée en poste ou à la retraite, artistes, étudiants, professeurs ou simples amateurs d’art, nous nous indignons contre la construction d’un Louvre à Abu Dhabi, d’ici à 2012.

Un accord, ratifié en mars 2006 par Paris et la capitale des Emirats Arabes Unis, prévoit trois closes : l’utilisation de la marque Louvre pendant 20 ans, la mise au point de projets d’exposition par la France, et le prêt pendant les premières années de 300 œuvres pour une durée d’un an maximum. Le contrat n'étant évidemment pas fondé sur une extrême générosité de la part des pouvoirs publics français, il en coûtera un milliard d'euro à Abu Dhabi.


Devons-nous rester impassibles face à cette dérive commerciale ? N’est-il pas de notre devoir d’empêcher que les œuvres deviennent la monnaie d’échange d’enjeux géopolitiques ?

Nous adhérons évidemment au principe de libre circulation des œuvres d’art, mais uniquement dans le cas d’une gratuité totale. Faut-il rappeler que le système français est envié outre-Atlantique où seul le musée de Washington est national ? De plus, nous nous opposons farouchement à des prêts d’une si longue durée qui pénaliseront les visiteurs des musées français.

La construction d’un Louvre Abu Dhabi, inclue dans le projet pharaonique d'une « cité culturelle » sur l’île de Saadiyat (l’île du bonheur), est principalement motivée par de mercantiles enjeux, en total désaccord avec une utilisation éthique des œuvres d’art, garantes incontestées de l'histoire des nations.
Vous, artistes passionnés de l'art de Paris, vous qui avez si vivement critiqué mes talents dans votre lettre, c'est à vous que je m'adresse aujourd'hui, pour répondre à vos attaques contre mon projet et moi-même.

Vous affirmez, sans aucune retenue, et je vous en donne raison, qu'il n'y a pas ville plus belle et plus admirée que Paris à travers le monde. Je confirme donc, puisque vous pensez douter de mes aspirations, que les plus beaux ouvrages se trouvent en son sein et que Paris n'a strictement rien à envier à d'autres horizons.


Comment pouvez-vous alors vous insurger contre le projet d'un nouveau monument plus grand et plus beau qui viendrait surplomber tous les autres? Au lieu de l'enlaidissement et de l'humiliation dont vous parlez, ne voyez-vous pas l'immense honneur pour Paris que la tour Eiffel soit mon choix pour une construction d'une telle envergure ? Je viens ajouter une pierre à l'édifice du patrimoine artistique de la ville pour confirmer définitivement son potentiel de talents.


Ne soyez pas aussi conservateur de l'âge de pierre, nous sommes passés à l'âge de fer et je puis vous assurer de la future réussite de mon projet. C'est dans la différence et la diversité que Paris pourra se vanter d'être l'indétronable reine de la beauté, et d'avoir le plus grand trône qui existe sur terre, ma tour, la tour de Monsieur Eiffel.


Croyez-moi, ce nom restera gravé dans les mémoires pour les siècles à venir comme l'emblème de la ville de Paris.



mercredi 5 décembre 2007

Lettre aux détracteurs

A vous, messieurs les détracteurs, subjugués par la beauté de Paris !

Sachez que la Tour ne défigurera pas notre capitale ! Son ombre, certes s’allongera sur la ville mais, non pour humilier ses monuments illustres ou les réduire à des miniatures mais pour les couvrir d’une dentelle qui suscitera l’éblouissement. Paris restera sans rivale ! Ses artères sans autres pareilles et ses splendides promenades, loin de dépérir à l’ombre de la Tour, vont connaître une activité accrue et drainer de nombreux curieux. En effet, loin de heurter les esthètes, l’audace et l’esthétisme de ses formes vont, à travers le monde, susciter convoitise et admiration. Il est incontestable que cet afflux de visiteurs profitera à notre ville et à ses sites historiques ou touristiques et que la renommée de Paris n’en sera que confortée.

Pensez-vous donc que nous, les ingénieurs, soyons inconscients ? Soyez assurés que nous voulons des réalisations indestructibles. Certes, elles sont issues des calculs mathématiques les plus sérieux mais elles doivent également répondre aux critères de la beauté architecturale. Sans doute, ces modèles ne sont-ils pas identiques aux vôtres mais, nos créations respectent aussi les exigences d’équilibre et d’harmonie qui seules permettent de les intégrer dans leur environnement. La technique de l’acier, maintenant maîtrisée, fait de ce matériau un allié indéfectible dont les caractéristiques assurent fiabilité et pérennité à l’ouvrage. Son utilisation, dans le respect des contraintes physiques, va permettre de construire un nouvel édifice à l’architecture innovante que le monde entier reconnaîtra et célèbrera.

Apprenez que tous les projets, même les plus atypiques, prennent en compte l’ensemble des contraintes mécaniques et thermiques. Etudiés pour résister aux agressions climatiques, leur usage ne doit présenter aucun danger pour les utilisateurs. Cependant, tout ingénieur sait qu’aucune entreprise ne pourra aboutir si elle ne correspond pas au souhait de ses concitoyens. L’entreprise est d’envergure mais le public attend, impatient de voir bâtir cet ouvrage majestueux, de considérer cette structure métallique dont les formes aériennes s’élanceront avec force et élégance au-dessus de la capitale. La polémique enfle mais lorsque la Tour, reposant sur ses quatre piliers incurvés, sera achevée, elle incarnera toute l’avancée industrielle de la France !

Croyez-moi, à vous, artistes et écrivains, la beauté des couleurs et des mots ; à nous, ingénieurs, celle des constructions et à chacun son domaine d’excellence !

Réponse de Gustave Eiffel en toute simplicité

De quel droit osez-vous prétendre que la tour Eiffel est une architecture grotesque?Qui êtes-vous pour dire que mon art est médiocre? D'accord, vous êtes artistes mais cela ne vous donne pas tous les droits...
Moi, Gustave Eiffel, en tant que sclupteur de la Tour Eiffel, je décide de construire quelque chose de nouveau. Certes, les monuments de Paris sont très beaux, mais ils sont aussi tous en pierre. Et justement, je ne voulais pas faire comme tout le monde! Mais évidemment, lorsqu'il y a une nouvelle invention, cela fait peur et les gens sont toujours là pour critiquer, pour vous juger! A croire que l'on n'aime pas la nouveauté, ou le progrès... Mais les temps changent mes chers amis! C'est pour cela que ma "colonne de tôle boulonnée", comme vous le dites, est en métal!
Contrairement à vous, je ne pense pas que les étrangers fuiront cette tour. Surtout si elle reste pendant vingt ans. En effet, en vingt ans la mentalité des gens évolue. Je ne dis pas que je suis sûr de moi en vous répondant cela mais je vous dis juste ce que je crois... Quelle est la fonction de l'artiste si ce n'est traduire ses rêves, ou porter un autre regard sur le monde?

Notre conception de l'art est différente mais je vous prie de me laisser travailler librement. Laissez-moi croire en mes rêves. Je ne me permets pas d'anéantir les vôtres, même si quelques fois j'en meurs d'envie...