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jeudi 6 décembre 2007

Réponse au collectif

Réponse au collectif "Les Artistes contre la tour Eiffel" :


Moi, Gustave Eiffel, je défends, devant bien des tribunes et depuis longtemps déjà, mon projet. Je tiens à dire qu’il est bien regrettable qu’il soit si critiqué alors même que sa construction débute. Vous, artistes, devriez le comprendre aisément : il est peu commun de critiquer les œuvres à l’état d’esquisses et de trouver le maître dans ses brouillons.


Mon projet est financé par l’Etat et a toute l’attention de celui-ci. Il a pour but d’être l’un des éléments centraux de la prochaine exposition universelle de 1889. Cette date, vous la connaissez tous, c’est celle du centenaire de notre révolution. A cette occasion, un édifice sera construit aussi solide que nous sont chères nos libertés et nos droits. L’Etat veut édifier au sein de Paris le symbole de sa modernité. Bientôt, nous entrerons dans le XXème siècle, et je vais y faire entrer Paris comme la capitale de ce nouveau siècle sans pour autant dénigrer ses gloires passées.


Le projet n’a pas pour fonction de soulever la question esthétique. Il relève simplement de la prouesse technique : pour le mener à bien, je ne dispose que d’une centaine d’ingénieurs et d’ouvriers ainsi que de seulement trois années ! Dans ces conditions, je dois élever un colosse de fer de 300 mètres. Il sera le bâtiment le plus haut que l’humanité ait jamais construit ! Ce projet grandiose nécessite une synthèse de la technique française moderne et lorsqu’il sera terminé, la France et Paris s’enorgueilliront de celui-ci. Le public invité verra l’édifice et ne doutera point du génie français.


Quant aux critiques des esthètes, des sculpteurs, des peintres et des écrivains, je suis bien aise de les recevoir. Si les artistes se piquent de critiquer les inventions techniques, qui jugera de la valeur esthétique des œuvres d’art ?

Gustave Eiffel

16 février 1887

mercredi 17 octobre 2007

L'origine du réalisme

1839, Gustave Courbet arrive à Paris il a 20 ans. Il a un profil assyrien, parle mal et méprise l’orthographe du «bon français». Le jeune franc-comtois apprend sa technique de l’intérieur de la peinture, c'est-à-dire en copiant encore et encore les chefs d’œuvres des maîtres et crée son style qui fait scandale. Il casse tous les sujets sans jamais les théoriser.
Son œuvre passe par tous les genres et objets, il ya des scènes de chasse terribles, des natures mortes invraisemblables ainsi que des représentations de l’ordinaire : son atelier, une après-dînée à Ornans, un enterrement à Ornans... L’ordinaire est peint dans la simplicité, la froideur du réel et de manière démesurée.

Ainsi ses autoportraits ne comportent aucune psychologie. Il peint des nues sans le moindre prétexte, si bien que le spectateur observe l’origine du monde, le sommeil et les baigneuses avec un regard à la fois concupiscent et honteux. Il transforme le beau en sexuellement attirant et le spectateur en voyeur. Il réalise d’autre part des paysages somptueux, parfois faits au couteau de cuisine, qui attirent par le soulèvement de pigments et repoussent de par la densité de la matière. La dualité reste une constante dans sa peinture.

Cet être dévoré par son ego s’impose et se met à dos ses contemporains : George Sand le méprise, « c’est nul et c’est bête rien de plus », Victor Hugo l’ignore ; Delacroix reconnaît son talent d’artiste mais dénonce « la vulgarité et l’inutilité de la pensée» et Baudelaire, ancien ami, lui reproche d’être un « maniériste du laid ». Seuls Zola et Proudhon reconnaitront en lui un maître.

Dans ses œuvres où il peint l’allégorie du réel et recrée la nature, se dégage encore aujourd’hui un parfum de scandale. Une rétrospective sur Gustave Courbet se tient aux galeries nationales du grand palais du 10 octobre 2007 au 28 janvier 2008.

Sources : Télérama hors-série sur Courbet, lemonde.fr, lefigaro.fr